L écriture créative Josette Carpentier chez Eyrolles 2010 Stimuler votre créativité en vous exprimant de façon imagée Je ne suis pas inspiré Quelques pistes Un bon déclencheur est le roman de Diane Schoemperlen, Tendres morsures. À partir de cent mots qui sont les titres des cent chapitres, l'écrivaine entraîne le lecteur avec humour et finesse dans les souvenirs de son héroïne. Ouvrez ce livre à n'importe quelle page et embar-quez! Un régal stimulant! Si vous éprouvez le besoin d'explorer le processus créateur, réflexions et exercices à l'appui, La vie faite à la main?, d'Anne-Marie Jobin, peut vous intéresser. Voici aussi quelques indications pour vous encourager à mieux percevoir votre personnalité, vos tendances sur page blanche et à relancer votre énergie de plume créative. • Économie ou abondance. Certains écrivent d'une manière simple, au plus juste de leur vérité, dans une économie de mots et d'effets. D'autres ont envie de délivrer un message plus fourni ou plus orné. La manière d'écrire est personnelle et unique. Prenez le temps de découvrir avec quelle façon d'écrire, abondante ou plutôt écono-mique, vous vous sentez à l'aise. Essayez, comparez. • Pudeur et discrétion. Parfois, vous souhaitez vous préserver des regards intrusifs ou indiscrets du monde extérieur, craignant d'être débordé par vos émotions. Vous adoptez une écriture de protection. Vous vous mettez à distance par rapport au contenu de votre texte. Ne voulant vous dire qu'à demi, vous choisissez la troisième personne pour rédiger («il» ou « elle», ce n'est pas tout à fait «moi»). Vous changez le lieu des événements, l'époque, parfois vous ajoutez ou supprimez des personnages. Bref, vous «fictionna-lisez» certains éléments pour garder du recul. Goût de la fiction. Créativité, imaginaire, inventions romanesques conviennent particulièrement bien à certaines personnes, qui décollent littéralement quand les propositions d'écriture vont dans ce sens. Les tendances des écrivants sont différentes et varient à l'infini. • Déblocage de l'écriture par le dessin. Il m'a semblé entendre claquer un fouet. Vous sentez-vous coupable de ne pas « y» arriver? Et êtes-vous déjà prêt à vous le reprocher et à vous punir? Respectez plutôt cette panne de plume et lâchez prise. Détendez-vous. N'essayez pas de pondre à tout prix. Vous ne vous faites pas du bien à forcer ainsi. Prenez une grande feuille blanche et osez dessiner. Laissez partir vos feutres ou vos crayons sans projet. Jouez un peu. Regardez ensuite votre dessin avec bienveillance. Vous parle-t-il? Qu'y voyez-vous? Souvent, le dessin spontané pratiqué avant d'écrire suscite et oriente le texte qui va suivre. Ses couleurs, ses formes, son message éventuel si vous en avez perçu un, vont nourrir l'écriture et l'ouvrir en levant les inhibitions de départ. Utilisez aussi l'outil «À vos crayons», p. 42. En pratique Exercez-vous à partir des scribulettes Mes crayons de couleur, p. 51, Pas encore, p. 50, Sonné, p. 61. La visualisation créatrice peut également être d'un grand secours pour l'écrivant stressé, absent à lui-même, ou en manque de ressources. Une piste Je vous invite à entrer doucement, à votre rythme, dans le processus de mise en confiance que voici : • Je vous propose de fermer les yeux et de respirer calmement. Laissez venir à vous l'image d'un lieu que vous aimez particulière-ment, chez vous ou ailleurs, dans la nature éventuellement. Un lieu associé à la paix, à la détente. • Voyez cet endroit agréable. Prenez le temps d'en apprécier les détails, le plaisir qu'il y a à être là. Entendez les sons qui se manifes-tent, pépiements d'oiseaux peut-être, enfants qui jouent, bruissement de feuilles. Ressentez votre bien-être, les odeurs éventuelles, l'air du dehors, la fraîcheur ou la tiédeur du lieu... • Vous remarquez une table et vous réalisez qu'elle est là pour vous. Voyez-la. Un siège confortable vous attend. Vous vous installez, confiant, il y a une belle lumière autour de vous. Vous remarquez sur la table une feuille de papier et une plume, ou un stylo. • Vous sentez de tout votre être l'envie d'écrire ce qui vous habite, des petits riens ou de grandes émotions. Vous savez qu'il n'y a pas d'enjeu, rien à perdre, juste du plaisir à trouver avec des mots et des phrases assemblés. Prenez le temps de ressentir tout cela. • Alors vous respirez calmement et la plume se met à courir sur le papier, dans la lumière de cette belle journée. Voyez votre main qui tient la plume ou le stylo, votre main qui remplace un mot par un autre, qui prend son temps. Vous relisez votre texte avec bien-veillance. Vous êtes à l'aise, heureux à la pensée de partager avec d'autres ce texte qui est sorti de vous, tout simplement. • Quand vous vous sentez pret, vous powvez laiss partir fir ice de ce lieu agréable, cette table, cette plume, et revenir ici, maintenant. Quelques exemples Les histoires aidantes exploitent parfois des symboles comme dans les contes: la clé, le vieux sage, la porte fermée, la biche effrayée, l'équi-libriste, le lutin, la grotte... avec bien sûr un fil conducteur Ces histoires, par leur référence symbolique à une situation difficile vécue par quelqu'un, sont des contes métaphoriques. Vous utiliserez parfois vos symboles personnels dans des récits ou des descriptions auto-aidantes. Quelques pistes Vous pouvez commencer par écrire des métaphores auto-aidantes. Des cartes symboliques peuvent vous aider à démarrer. Il y en a de toutes sortes dans le commerce. Personnellement, celles qui me conviennent le mieux pour rédiger des métaphores sont Les Cartes de l'Enfant Intérieur, d'lsha et Mark Lerner. En tirer une, la regarder 1. Pour en savoir plus, voir en bibliographie, Contes et métaphores thérapeutiques, par David Gordon, La métaphore thérapeutique et ses contes, par Michel Kerouac, Contes et métaphores, par Louis Fèvre et Cent histoires du soir, par Sophie Carquain. Comment procéder? Avant de vous lancer, cherchez quelle difficulté vous avez envie de traiter, quel soin vous voulez vous donner, à vous ou à autrui, par le biais d'un conte métaphorique. La métaphore est souvent un récit avec des personnages, des lieux, des actions, etc. Comment arranger tout ça? Pas de panique. Sans vous faire une obsession des règles et des méthodes, votre histoire se mettra en place plus facilement si vous tenez compte de quelques points de repère. La scribulette Dommage. Bravo, peut vous aider à comprendre l'organisation du texte. La voici : «Dommage, les ailes mauves du petit ange blond sont fichues! Petit à petit, elles se sont déplumées et effilochées. - C'est normal lui dit un spécialiste des avatars des ailes d'anges, qui a un petit atelier de réparation au fond de son jardin. C'est l'usure. Je vais vous en faire des nouvelles. Il se met au travail, et après quelques jours, il invite le petit ange blond pour un premier essayage. Il l'aide à endosser ses nouvelles ailes en métal inaltérable. Il suffit de les placer sur ce qui reste des ailes d'ori-gine. Le petit ange blond s'envole. Les ailes cliquettent, les virages sont plus difficiles qu'avant. L'atterrissage hasardeux. Le petit ange blond se demande comment il pourra vivre avec cette ferraille dans le dos. Ses yeux sont pleins de larmes. - Sont-elles amovibles? demande-t-il d'une voix qui tremble un peu. - Certainement, rassure le spécialiste des ailes artificielles. II vous suffit de les détacher comme ceci. Et il lui montre comment les déclipser. Le petit ange blond décide de n'utiliser son nouveau matériel que pour les longs vols. Il continue a vivre en bonne entente avee ses ailes bri sees. C'est avec elles quil va chercher son pain chaque jour, meme si c'est plus lent. Elles lui ont rendu tant de services, il veut leur montrer sa reconnaissance Pour pouvoir écrire avec tout votre être sensible, il est souhaitable d'accueillir et d'accepter les émotions qui se présentent sur le sujet abordé par votre plume. Il s'agit de retrouver ces états particuliers, de vous y reconnecter en prenant le temps voulu. Pour y parvenir, vous pouvez commencer une phrase par «Je me sentais...» ou « Il/elle se sentait... » si vous rédigez à la troisième personne. Vous choisirez ensuite ou laisserez s'imposer le terme qui vous paraît le plus juste. Avoir un réservoir de mots appropriés pour désigner vos émotions dans leurs nuances infinies' peut vous aider. Par exemple : • Un plaisir: de l'amusement? de l'euphorie? une simple satisfaction? • Une peur: de l'appréhension? de l'anxiété? de la panique? de l'épouvante? Laisser deviner Si vous préférez laisser deviner vos ressentis, adopter une écriture simple, pudique et contenue, libre à vous. Il est possible dans ce cas de sous-entendre la nature d'un état émotionnel en décrivant concrètement le comportement qui y correspond: marcher, se mettre à courir, rester figé sur place, laisser tomber un objet... Les signaux corporels fournissent aussi des informations intéressantes: rougir, trembler, transpirer, avoir le souffle coupé, le cœur qui s'accélère... Le lecteur ou l'auditeur, s'il y en a un, est alors libre de donner sens par lui-même à ce passage de votre texte. P 84