Poursuivons notre exploration du thème « Pourquoi tu réagis comme ça ? Ce que tes émotions essaient de te dire ». Après avoir posé les bases dans le premier chapitre, celui-ci nous fait avancer d’un pas : distinguer la réaction automatique de l’action consciente, et découvrir les parts intérieures qui pilotent nos comportements. Car apprendre à identifier ses signaux faibles, c’est offrir à son bien être une fondation solide, capable de résister aux tempêtes du quotidien.
Chacun sa « machine » : trouver son indicateur
Nous ne fonctionnons pas tous de la même manière. Certaines personnes ressentent un nœud dans la gorge lorsqu’elles doivent poser une limite, d’autres éprouvent un mot de tête crispant. La fatigue fut longtemps l’indicateur privilégié de celle qui partage ce témoignage : un coup de mou soudain signalait un déséquilibre émotionnel, bien avant qu’elle ne développe une écoute fine de ses sensations.
Trouver son propre indicateur constitue une expérimentation quotidienne. Cette boussole intérieure ne s’apprend pas d’un coup, elle se construit crescendo, en observant les moments où l’on se sent vidé ou fermé. C’est ainsi que l’on cultive un bien être psychologique durable, fondé sur la connaissance de soi plutôt que sur des règles extérieures.
Fixer un curseur… et vérifier qu’il est juste
L’exemple des événements organisés après le travail est parlant. Face à une invitation, le mental tranche : « il faut y aller, mais je reste une heure ». Ce chiffre, d’où sort-il vraiment ? Une fois sur place, la fatigue et le manque d’envie se traduisent par une attitude fermée, un replis visible. Le constat tombe alors : le curseur était mal placé, il valait mieux refuser.
Cet ajustement permanent illustre un apprentissage essentiel pour le bien être social : savoir dire non n’est pas une impolitesse, mais un acte de lucidité sur ses ressources du moment. Plus le temps passe, plus cet ancrage intérieur permet de rester fidèle à ce qui nous fait du bien, malgré les sollicitations extérieures. C’est le socle d’un bien être moral qui ne dépend plus du regard d’autrui.
La réaction est automatique, l’action est consciente
La frontière entre les deux mérite d’être éclairée. Quelqu’un nous fait une queue de poisson en voiture : certains klaxonnent, d’autres poursuivent l’audacieux par dépit. Ces réactions, toutes humaines, ne demandent pas à être corrigées. Elles sont là, spontanées, et il ne s’agit nullement de prétendre devenir un être parfaitement détaché.
L’action, elle, engage le discernement. Entre les deux s’étire un chemin, notamment pour les schémas qui se répètent. Prendre conscience qu’on est en train de subir — ou qu’on sort de sa gémellité dès qu’on se sent agressé — est déjà un premier pas. Car ne rien dire face à des propos blessants est aussi une réaction : celle du replis, comme un escargot qui rentre dans sa coquille. Cette posture passive, vécue longtemps, fut la quête initiale du cheminement : pourquoi rien ne sort-il sur le moment ? Pourquoi les mots viennent-ils après coup, jamais sur l’instant ?
De même, celui qui constate être régulièrement en conflit doit se demander quelles situations l’activent. Ces schémas répétés, une fois éclairés, ouvrent la voie à une évolution de posture qui nourrit durablement le bien être en couple comme le bien être professionnel. Passer de la réaction à l’action, c’est réclamer sa part de responsabilité et son pouvoir d’agir.
Les parts primaires et secondaires : plusieurs voix en soi
Autre outil précieux partagé dans ce parcours : le dialogue intérieur, inspiré des travaux d’une auteure dont tous les ouvrages traduits ont été lus avec passion. Selon cette approche, nous abritons plusieurs voix en nous — sans dédoublement de personnalité, simplement plusieurs parts.
Un exemple concret le montre : devant un choix de repas, une voix opte pour la salade diététique, tandis qu’une autre plaide pour le burger généreux. Nous connaissons tous ces négociations internes. Les parts primaires occupent le devant de la scène : on s’identifie à elles en se déclarant empathique, perfectionniste ou persévérant. Ces qualités sont précieuses pour le bien être intellectuel et le bien être social.
Mais elles servent souvent de façade protectrice : cachées derrière, des parts secondaires, plus vulnérables, ont été évincées à un moment de notre histoire car jugées inconvenantes. Qui se dit incapable d’être égoïste cache peut-être une part censurée qui aimerait penser à elle. Tout cela opère de manière inconsciente, et en prendre conscience libère un bien être affectif longtemps comprimé.
Se reconnecter à sa sensibilité
Quelle place faire à ces parts mises à l’arrière ? La réponse partagée ici : redonner de l’espace à sa vulnérabilité et à sa sensibilité. Longtemps, les émotions furent d’abord mentalisées, comprises sans être ressenties. La progression passa par trois étapes : ignorer ce qu’était une émotion, puis la nommer, enfin la sentir réellement dans le corps.
Se reconnecter à cette vitalité intérieure ne signifie pas se laisser submerger. La colère, longtemps retournée contre soi, devient aujourd’hui une alliée pour affirmer ses limites : dire simplement que telle situation ne convient pas. Accueillir ses émotions agréables comme désagréables, au lieu de compresser les secondes, restaure un bien être physique et émotionnel profond. Ce droit de ressentir et d’exprimer, souvent interdit depuis l’enfance, transforme la vulnérabilité en force — et annonce la suite de notre série sur vos émotions.
Du réactif au lucide : ce qu’il faut retenir
Ce deuxième chapitre nous invite à distinguer la réaction automatique de l’action choisie, en s’appuyant sur des indicateurs personnels — fatigue, gorge nouée, coup de mou — et sur le dialogue intérieur. Identifier ses parts primaires et secondaires, accueillir sa sensibilité, voilà les clés d’un bien être authentique. Le prochain chapitre poursuivra cette montée en conscience.
Cet article a été inspiré et rédigé suite à un échange enrichissant avec Sophie Deligiannis
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