Nous entendons partout cette injonction : il faut lâcher prise. Pourtant, personne n’appuie sur un bouton pour y parvenir instantanément, et cette exigence peut même devenir source de pression supplémentaire. Le chemin vers le bien-être ne se décrète pas, il s’apprivoise avec le temps. Il s’agit d’un travail de très longue haleine, qui demande constamment de se rappeler de relativiser, de respirer profondément et de prendre le temps d’extérioriser ce que l’on ressent.

Le mythe du bouton lâcher prise

Vouloir à tout prix lâcher prise quand on est une personne qui aime contrôler peut créer un paradoxe douloureux. À force de se répéter qu’il faut absolument y arriver, on finit par se sentir anormal, par se comparer à ceux qui semblent y parvenir naturellement, et par se décourager. Se mettre la pression pour lâcher prise, c’est exactement l’opposé du lâcher prise. Cette quête peut alors nuire à notre bien-être psychologique et à notre bien-être moral, car elle installe culpabilité et sentiment d’échec.

Une autre voie, plus douce, consiste à accepter que pour certaines personnes, le lâcher prise total n’est peut-être pas possible, et que ce n’est pas grave. Accepter que l’on est quelqu’un qui a besoin de contrôle, avec ses qualités et ses défauts, peut déjà être une forme d’apaisement. Trouver une autre façon d’atteindre la sérénité, une autre manière d’extérioriser, est parfois plus juste que de s’acharner sur un idéal inaccessible. Finalement, accepter le fait que ce n’est pas grave de ne pas y arriver, c’est déjà une tentative de lâcher prise en soi. C’est admettre que l’on ne peut pas être totalement parfait et apprendre à se pardonner. Cette acceptation nourrit un bien-être général plus stable et plus bienveillant.

Enchanté : la rencontre avec soi et avec le bonheur

Ce thème du lâcher prise est central dans les récits initiatiques qui parlent de bonheur. Les héroïnes y mènent une quête personnelle pour sortir de leur bulle et ne pas rester enfermées dans une solitude émotionnelle où tout est gardé pour soi.

Le titre Enchanté est à ce titre très parlant. Il fait écho à l’idée de légèreté dans l’acceptation des émotions, comme dans ce titre célèbre qui mêle bonjour et tristesse avec profondeur et simplicité. Ici, c’est l’inverse : une jeune femme qui a tout pour être heureuse, mais qui ressent au plus profond d’elle un vide qu’elle n’arrive pas à combler. Elle ne sait pas pourquoi elle ressent ce manque, ni comment s’en débarrasser. Elle voit les gens autour d’elle paraître apaisés dans la simplicité de leur quotidien, tandis qu’elle pense constamment que l’herbe est plus verte ailleurs.

Ce sentiment d’insatisfaction permanente, cette envie de faire le tour du monde pour trouver ailleurs ce qui manque ici, est un sujet profondément universel. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux qui offrent une fenêtre ouverte jour et nuit sur la vie des autres, la comparaison s’installe presque automatiquement. Nous voyons toutes les possibilités de vie qui s’offrent à nous, et cette surabondance peut créer une insatisfaction dans notre quotidien, affectant notre bien-être social et notre bien-être affectif. On en vient à chercher le bonheur à l’extérieur, alors qu’il se trouve peut-être à l’intérieur.

Dire enchanté, c’est donc d’abord dire enchantée au bonheur, comme si on le rencontrait pour la première fois. C’est aussi se dire enchantée à soi-même. Car pour être vraiment heureux, il faut d’abord apprendre à se connaître. Ce qui rend une personne heureuse n’est pas ce qui rend une autre heureuse. Passer du temps à s’explorer est la première étape pour savoir où chercher son bonheur. Cette démarche renforce le bien-être intellectuel, qui questionne nos envies profondes, et le bien-être spirituel, qui donne une dimension d’émerveillement à la quête. La quête du bonheur devient alors un chemin enchanté, un parcours initiatique plein de mystères.

Le bonheur sans fuir : rester pour mieux se transformer

L’héroïne de ce récit est purement fictive, bien différente de son autrice sur certains points. Elle est beaucoup moins timide, beaucoup plus sociable, ouverte à la spontanéité et au plaisir immédiat. Ce qu’elle partage en revanche, c’est ce sentiment diffus d’avoir tout pour être heureuse sans parvenir à ressentir la pure joie de vivre, à voir la magie dans son quotidien. C’est une phase que beaucoup traversent, notamment vers quinze, seize ou dix-sept ans, et qui touche directement au bien-être de l’enfant et de l’adolescent en construction.

Contrairement à une autre héroïne beaucoup plus autobiographique, qui portait énormément de réflexions personnelles sur le monde, cette nouvelle héroïne a été créée avec plus de fiction et de distance, même si elle porte des thèmes chers à son autrice. L’évolution est visible entre le moment où le livre a commencé à être écrit, il y a deux ans et demi, et sa publication : l’autrice elle-même a grandi.

Ce récit se veut initiatique, à la manière de ces grandes histoires où l’on quitte tout pour se nourrir aux quatre coins du monde et revenir transformé. Ces récits sont inspirants, mais ils peuvent aussi suggérer qu’il faut forcément tout plaquer, voyager loin, trouver l’âme sœur ou se raccrocher à des mantras abstraits pour être heureux. Or, cette fuite peut parfois en être une.

L’autre récit proposé ici est tout aussi valable : rester à la maison, ne rien changer à son environnement ni aux personnes qui nous entourent, et travailler uniquement sur son état d’esprit. Apprendre à mieux se connaître, avoir le courage d’aller à la poursuite du bonheur, et surtout apprendre à le cultiver une fois qu’on l’a attrapé. Cette approche ancrée favorise le bien-être professionnel quand on apprend à s’épanouir là où l’on est, le bien-être en couple et familial en cessant de chercher ailleurs ce qui peut se construire ici, et le bien-être physique, car un esprit apaisé dans un lieu familier permet au corps de se détendre. Elle nourrit aussi le bien-être de l’enfant intérieur, qui n’a pas besoin d’un décor extraordinaire pour s’émerveiller.

La volonté d’être heureux : un choix quotidien

La plus belle qualité que l’on puisse avoir, c’est la volonté d’être heureux. Le bonheur démarre par une décision, par un choix conscient que l’on fait un matin. C’est admirable de voir des personnes déterminées à se battre pour leur bonheur, car le monde dans lequel nous vivons est complexe, fait de hauts et de bas. Il est facile de se laisser submerger, et cela arrive à tout le monde. Avoir la résilience de se relever est un choix qui transforme profondément notre bien-être.

Pour mieux se connaître, un exercice simple et puissant existe : lister dix choses que l’on aime faire indépendamment des personnes et des lieux. Pas une activité qui dépend d’un endroit ou d’une personne, mais vraiment quelque chose qui nous rend heureux par nous-mêmes. Ensuite, pour chaque moment, trouver les verbes d’action qui correspondent, comme vivre, créer, rêver, et les émotions associées, comme l’apaisement, l’émerveillement et la liberté. Souvent, on réalise que certains verbes reviennent dans toutes les choses qui nous rendent heureux. C’est une clé précieuse pour comprendre ce qui nous fait vibrer, ce qui est vraiment important pour nous, et ainsi orienter notre vie vers un bien-être plus aligné, plus libre et plus durable.

Cet article a été inspiré et rédigé suite à un échange enrichissant avec Fanfan Delarose

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